A la Maman que je suis
- espinassefany
- 31 mai
- 3 min de lecture
Le jour où je suis devenue Maman, en un instant, j'ai compris que ma vie venait de changer pour toujours.
J'ai rencontré pour la première fois le regard de mon fils, Lucas, et quelque chose s'est ouvert en moi, incroyablement puissant.
J'ai pris mon enfant dans mes bras et j'ai su. J'ai su que je serai capable d'accéder à des ressources incroyables pour lui, que quoiqu'il arrive, j'aurai la force dont il aurait besoin.
Mais j'ai compris aussi que désormais, je ne cesserai jamais d'avoir peur. Parce que c'est écrit dans mon histoire, dans mes cellules, qu'aimer si fort, c'est accepter de trembler souvent.
Jour après jour, j'ai fait de mon mieux.
J'étais jeune, mais je me sentais profondément responsable. J'ai fait des erreurs sans doute, parce qu'être Maman c'est décider sans savoir exactement de quoi sera fait le chemin. Mais j'ai toujours fait ce que je pensais juste, et demandé de l'aide quand j'en ai eu besoin.
Et puis, Mahé est arrivé et le miracle s'est reproduit. Une vague d'amour d'une puissance infinie, aussi fort, le coeur rempli et ... la peur au ventre, toujours.
La peur que "quelque chose" arrive. Ou n'arrive pas, selon.
La peur qu'ils ne soient pas heureux.
La peur de "passer à côté". Ou d'une mauvaise rencontre. Ou de trop de vulnérabilité, ou bien pas assez.
Peur, peur, peur .... comment aimer bien quand on tremble pour tout ?
Alors, j'ai redoublé d'efforts. J'ai travaillé sur moi, j'ai exploré mon histoire, mon héritage familial, mes failles et mes forces. J'ai rompu des liens, recréé des connexions, compris mes modes de fonctionnement et apaisé mon âme. J'ai apprivoisé mon hyper sensibilité et essayé de transmettre aux garçons comment accueillir leurs émotions, comment traverser ce monde dont eux aussi avaient peur.
J'ai essayé de trouver l'équilibre, d'être celle dont mes fils avait besoin.
J'ai eu l'innocence de croire que j'avais le pouvoir de les rendre heureux, et j'en ai fait ma mission.
Et puis un jour j'ai découvert qu'il pouvait y avoir de l'obscurité dans leur monde intérieur, que je n'étais pas capable d'éclairer chacun de leurs moments de doute, que certains de mes choix n'étaient peut être pas ceux qu'il aurait fallu faire. Ce que je redoutais depuis toujours a fini par arriver : je n'ai pas "suffi", et un drame est arrivé.
Mon monde s'est écroulé. J'avais échoué.
Parce que j'avais fait du bonheur de mes enfants ma mission de vie, la colère et la violence de Lucas m'ont plongée dans le chaos. Pour me relever j'ai dû accepter une réalité : je m'étais trompée de mission. Je ne pouvais pas les rendre heureux, seulement leur montrer l'exemple. Je n'avais pas à porter leurs ombres, juste à leur montrer où chercher la lumière, et accepter qu'ils se trompent de chemin.
Aujourd'hui j'ai choisi de les rendre responsables d'eux mêmes, de continuer à les aimer mais de ne plus les porter. Il m'a fallu beaucoup de souffrances pour en arriver là, et je cherche encore la bonne manière de les accompagner en leur permettant de trouver seuls leur propre lumière.
Aujourd'hui c'est la fête des Mères...et je me fais toute seule mon cadeau : je me pardonne.
J'ai fait de mon mieux, j'ai fait des erreurs.
Je me pardonne.
Je me pardonne ce que j'aurais dû faire autrement, je me pardonne ce que je n'ai pas vu ou pas compris.
Je me pardonne la souffrance, la leur, la mienne, celle que l'on a pu causer.
Et je me pardonne d'avoir eu peur au point d'oublier de leur faire confiance.
Mes fils sont ce que j'ai de plus précieux, et je les aime inconditionnellement. Malgré la noirceur, malgré les erreurs, j'ai assez de force pour surmonter ça. Et c'est grâce à eux que je l'ai compris. Je suis forte et je suffis. Je ne peux pas dire que je n'ai pas échoué. Mais parfois la tâche est trop grande, et l'échec ne nous définit pas. Il nous fait grandir.
Être Maman est sans doute la mission la plus difficile de ma vie.
Mais je suis fière de tout ce que mes garçons m'ont appris.
Lucas, Mahé, je vous aime.
Tout mon respect à toutes les Mamans du monde, vous êtes des femmes merveilleuses. Ne l'oubliez jamais.
Pour illustrer cet article, pas d'IA, mais le dessin que Lucas a réalisé pour mon anniversaire 2026




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